En entrant en forêt, Han tourne le dos à un monde qui le réduisait à un état de mutilé. Il tourne le dos pour faire face. Dans la forêt, il va se rééduquer, réapprendre l’usage et le plaisir des sens, marcher dans les pas de la vie au lieu de marcher au pas d’une existence mécanique désincarnée. Il va revoir toute sa grammaire, reconsidérer la nature et la fonction des choses.
Vivre en forêt est une immersion totale, une plongée physique et symbolique au sein des éléments, un bain de nativité. C’est un milieu où rien n’est au centre, surtout pas l’homme.
Anton, l’enfant perdu, incarne le fils rêvé, porteur d’espoir, par qui pourra se faire la transmission. Il est aussi un double-enfant qui offre un retour à l’innocence et tend un miroir. Han le prend sous son aile pour lui enseigner la vie primaire et primordiale de la forêt, avant de le rendre au monde.
Il avait marché, il s’était arrêté pour se remémorer sa chance, il s’était assoupi adossé à un arbre, les omoplates comme des piolets, il avait goûté des prunelles à l’acidité stupéfiante, il avait choisi son bivouac à cause d’une racine nourricière qui ressemblait à un oreiller de voyage.
